Dans mon petit patelin il n'y avait pas
grand-chose à faire. Pour s'amuser nous avions besoin de cette chose
en voie de disparition. Cette chose qu'on appelait jadis « de
l'imagination » . Un jour une petite pièce de théâtre passa
dans notre petit village. Wow, une pièce de théâtre chez nous?? Se
sont-il perdu? Peu importe je veux y aller! Évidemment sa n’intéresse
personne chez moi. Ma mère me donne l'autorisation d'y aller quand
même. De toute façon, je connaîtrais tout le monde de l'assistance
(comme je l'ai déjà dit, c'est un très petit village). Je devais
avoir environ 15 ans.
Le jour venu je m'y prépare, comme un
grand événement. Tellement que j’arrivai presque en retard! Il
ne restait que quelque siège vers l'arrière. J'en choisis un,
m'installe fébrile puis, je le vis. Mon grand-père, assis seul
quelque ranger en avant de moi. J'aurais pus/du aller le voir et
m’asseoir avec lui. Il aurait été tellement content et fier de
voir qu'une fois de plus, nous avions un point, une passion commune.
Ça le rendait toujours pleins de joie lorsqu'il découvrait que je
m’intéressais à quelque chose qu'il aimait.
Mon grand-père me demandait mon
opinion sur tout. Absolument tout! Il voulait connaître le fond de
mes pensées. Il m'écoutait avec un grand sourire. Pas son fameux
sourire moqueur, non, un sourire fier qui a l'air de dire « C'est
ma petite fille ça! » . Il m'a tout appris, tout raconter. Sur
l'histoire, la bible, la politique, son temps à l’orphelinat, la
vie, la science. Ça me fascinais de voir que cet homme ne semblait
détester personne, bon presque personnes, en tout cas, pas comme la
plupart des gens. Il répétait toujours qu'il était important de
savoir d’où on venait. Je le taquinais souvent parce que chaque
mot semblait lui rappeler une histoire. Mais aujourd'hui ces
histoires là, je les chérie. Ces valeurs là qu'il m'a transmise sont
très précieuses. Je ne serais pas la femme que je suis aujourd'hui
n’eusse été de lui.
Puis un jour le verdict tombait. Il
avait le cancer du poumon. Chaque 2-3ans il se fessait opéré, car le
cancer revenait. Il s'en sortait toujours, rien ne brisait son moral.
Il était le pilier, l'exemple, il l'a été jusqu'au bout. Il ne
montrait pas qu'il avait mal, il en riait. On a tous essayé sa pompe
à exercice pour renforcer ses poumons. Ça le remplissait de joie de
se moquer de nous en disant « moi il me manque des bouts de
poumons pis je suis capable mieux que toi! » C'était tout lui
ça, moqueur jusqu'au bout! Puis un jour il me disait qu'il n'aurait
jamais la chance de connaître mes enfants. Je trouvais ça
totalement absurde et lui fit savoir. « ben voyons donc, tu vas les connaître, arrête moi ça! » Et il me répondit d'un ton
très sérieux « non, je n'aurai pas le temps ». Ça
c'était 3ans avant sa mort. Tu avais raison pépère, tu ne connaîtras jamais ma fille, mais ma fille, elle, te connaîtra!
Un jour ma voiture était au garage, encore. La voiture qu'il m'a vendu 1$ et s'est plaint lorsque je l'ai payé en 0.25$, lui, il voulait une belle piastre ronde! Peut importe, je me suis fait arnaquer, ton bazou n'était pas fiable! Il me conduit au garage pour la Xe fois en me racontant, de sa voix devenue rauque, que lorsqu'il "charriait de la roche" son camion avait deux réservoirs à essence, lorsqu'un était vide, il "pesait sur la switch" et son camion changeait de réservoir. Cette histoire fut la dernière qu'il me raconta. Quelques jours plus tard il perdit la voix complètement, effet secondaire de son traitement, quelques semaines plus tard il décéda.
Même si j'ai passé 12 ans à me préparer à ce moment, je n'étais pas prête, pas prête à le laisser partir, il me restait trop de choses à lui demander, trop d'histoire à entendre. Ce matin là, je me réveillais, assise droite dans mon lit. le temps semblait s'être arrêté. J'ai regardé l'heure et je savais que c'était fini. Je me suis sentis soulager, je me suis endormis étrangement paisiblement. J'en ai voulu quelques années à la vie de l'avoir enlevé trop tôt. Aujourd'hui je suis juste heureuse de l'avoir connu et l'avoir eu dans ma vie aussi longtemps. Je sais que je suis privilégiée.
Alors, cette journée-là, au centre
communautaire, je ne suis pas allée le rejoindre. Je ne me souviens
plus de la pièce de théâtre, je ne me souviens pas de l'avoir même
regardé. Je suis restée assise dans le fond de la salle à observer mon grand-père, à l'admirer. Celui qui était l'acteur principale de ma pièce de théâtre.
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