vendredi 19 août 2016

Ce jour-là au théâtre.

Dans mon petit patelin il n'y avait pas grand-chose à faire. Pour s'amuser nous avions besoin de cette chose en voie de disparition. Cette chose qu'on appelait jadis « de l'imagination » . Un jour une petite pièce de théâtre passa dans notre petit village. Wow, une pièce de théâtre chez nous?? Se sont-il perdu? Peu importe je veux y aller! Évidemment sa n’intéresse personne chez moi. Ma mère me donne l'autorisation d'y aller quand même. De toute façon, je connaîtrais tout le monde de l'assistance (comme je l'ai déjà dit, c'est un très petit village). Je devais avoir environ 15 ans.

Le jour venu je m'y prépare, comme un grand événement. Tellement que j’arrivai presque en retard! Il ne restait que quelque siège vers l'arrière. J'en choisis un, m'installe fébrile puis, je le vis. Mon grand-père, assis seul quelque ranger en avant de moi. J'aurais pus/du aller le voir et m’asseoir avec lui. Il aurait été tellement content et fier de voir qu'une fois de plus, nous avions un point, une passion commune. Ça le rendait toujours pleins de joie lorsqu'il découvrait que je m’intéressais à quelque chose qu'il aimait.

Mon grand-père me demandait mon opinion sur tout. Absolument tout! Il voulait connaître le fond de mes pensées. Il m'écoutait avec un grand sourire. Pas son fameux sourire moqueur, non, un sourire fier qui a l'air de dire « C'est ma petite fille ça! » . Il m'a tout appris, tout raconter. Sur l'histoire, la bible, la politique, son temps à l’orphelinat, la vie, la science. Ça me fascinais de voir que cet homme ne semblait détester personne, bon presque personnes, en tout cas, pas comme la plupart des gens. Il répétait toujours qu'il était important de savoir d’où on venait. Je le taquinais souvent parce que chaque mot semblait lui rappeler une histoire. Mais aujourd'hui ces histoires là, je les chérie. Ces valeurs là qu'il m'a transmise sont très précieuses. Je ne serais pas la femme que je suis aujourd'hui n’eusse été de lui.

Puis un jour le verdict tombait. Il avait le cancer du poumon. Chaque 2-3ans il se fessait opéré, car le cancer revenait. Il s'en sortait toujours, rien ne brisait son moral. Il était le pilier, l'exemple, il l'a été jusqu'au bout. Il ne montrait pas qu'il avait mal, il en riait. On a tous essayé sa pompe à exercice pour renforcer ses poumons. Ça le remplissait de joie de se moquer de nous en disant « moi il me manque des bouts de poumons pis je suis capable mieux que toi! » C'était tout lui ça, moqueur jusqu'au bout! Puis un jour il me disait qu'il n'aurait jamais la chance de connaître mes enfants. Je trouvais ça totalement absurde et lui fit savoir. « ben voyons donc, tu vas les connaître, arrête moi ça! » Et il me répondit d'un ton très sérieux « non, je n'aurai pas le temps ». Ça c'était 3ans avant sa mort. Tu avais raison pépère, tu ne connaîtras jamais ma fille, mais ma fille, elle, te connaîtra!

Un jour ma voiture était au garage, encore. La voiture qu'il m'a vendu 1$ et s'est plaint lorsque je l'ai payé en 0.25$, lui, il voulait une belle piastre ronde! Peut importe, je me suis fait arnaquer, ton bazou n'était pas fiable! Il me conduit au garage pour la Xe fois en me racontant, de sa voix devenue rauque, que lorsqu'il "charriait de la roche" son camion avait deux réservoirs à essence, lorsqu'un était vide, il "pesait sur la switch" et son camion changeait de réservoir. Cette histoire fut la dernière qu'il me raconta. Quelques jours plus tard il perdit la voix complètement, effet secondaire de son traitement, quelques semaines plus tard il décéda.

Même si j'ai passé 12 ans à me préparer à ce moment, je n'étais pas prête, pas prête à le laisser partir, il me restait trop de choses à lui demander, trop d'histoire à entendre. Ce matin là, je me réveillais, assise droite dans mon lit. le temps semblait s'être arrêté. J'ai regardé l'heure et je savais que c'était fini. Je me suis sentis soulager, je me suis endormis étrangement paisiblement. J'en ai voulu quelques années à la vie de l'avoir enlevé trop tôt. Aujourd'hui je suis juste heureuse de l'avoir connu et l'avoir eu dans ma vie aussi longtemps. Je sais que je suis privilégiée.

Alors, cette journée-là, au centre communautaire, je ne suis pas allée le rejoindre. Je ne me souviens plus de la pièce de théâtre, je ne me souviens pas de l'avoir même regardé. Je suis restée assise dans le fond de la salle à observer mon grand-père, à l'admirer. Celui qui était l'acteur principale de ma pièce de théâtre.

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