lundi 18 juillet 2016

L'accouchement, ou quand le plus beau jour de ta vie tourne au cauchemar..

On entre à l'hôpital, 5 semaines trop tôt. J'attends le docteur couché sur un lit froid dans un petit bureau de la grandeur d'une garde-robe. On se regarde et on n'arrive pas à comprendre ce qu'on fait là. Ils veulent voir si c'est vraiment les eaux qui coulent et non de l'urine. Fait moi confiance, de l'urine a 35 semaines, il n'y en a pas autant!

Le docteur prend plein d'échantillons, touche, regarde , questionne. Elle sort sa tête de mon entre-jambe, prend une petite pause et nous dit que bébé s'en viens. Ce sera cette nuit ou tôt demain matin. Elle nous envoie avec une infirmière dans une chambre et nous dit qu'elle reviendra nous voir dans quelques minutes.

Je me retrouve dans une chambre, en jaquette, avec un soluté, de la pénicilline et des ceintures pour suivre bébé. Je ne suis pas supposée être là, je devrais être en train de me relaxer sur le divan, je travaille demain, je ne peux pas accoucher. Et mon congé de maternité? Quand est-ce que je vais l'avoir? On se regarde et on ne comprend pas ce qui se passe. On essaie juste d'assimiler le fait que notre fille naîtra dans les heures qui suivent.

Puis le docteur arrive avec une infirmière. Elle s'assoit sur mon lit et nous dit qu'on doit discuter de ce qui s'en vient. Elle nous dit"vous êtes chanceux, c'est une fille, les filles d'habitude s'en sorte mieux que les garçons, on ne sait pas pourquoi mais c'est un fait!"

Elle nous explique que dans le pire des scénarios, elle va être en arrêt cardio-respiratoire. Cela arrive souvent, à ce stade ce sont les poumons qui font défaut. Il y aura une équipe de réanimation prête à intervenir dans ma chambre, dès la naissance. Dans le meilleur scénario, a la sortie, bébé pousse un cri et on est tous soulagé, ça veut dire que bébé va bien, tout est normal.

C'est à ce moment que ça me frappe en plein visage. Naïvement, moi je croyais que je devais me préparer à un accouchement surprise, mais le docteur est en train de m'expliquer que dans quelques heures, non seulement j'accouche, mais peut-être que ma fille va mourir.

Après une longue discussion, un "check up", elle nous dit de nous reposer, que d'après elle, ce sera pour demain matin. Se reposer, facile à dire! Je n'ai pas mal encore, je suis seulement terrifiée.

Le matin on m'envoie marcher dans le corridor pour faire avancer le travail. Mon conjoint, dans un élan de galanterie me demande si je veux qu'il traîne mon poteau de soluté. D'un regard de tueur en série je lui dis de ne pas toucher à mon poteau! J'en ai besoin, ça fait trop mal! Au bout de 30 minutes, je ne peux plus marcher, j'entre dans la salle d'accouchement. Le docteur me demande si j'avais pensé avoir l'épidurale. Je n'étais pas sûr avant, mais là je la prendrais bien! Elle m'explique qu'elle pourra me la faire lorsque je serai dilatée à "6". Quelques minutes plus tard le docteur s'assied sur mon lit (on dirait que je commence à ne pas aimer lorsque les docteurs s'asseyent pour me parler!) et m'explique que je ne pourrai pas avoir l'épidurale car je dilate trop vite, l'épidurale ça prend au moins 30 minutes avant de faire effet et moi, dans 30 minutes maximum tout est fini.

Une infirmière enseigne à mon conjoint comment faire des massages dans le bas de mon dos pendant que j'ai une contraction. Ok, mettons de quoi aux claires tout de suite. Ça ne soulage que dale! Quand tu as une contraction, la dernière chose que tu veux, c'est quelqu'un qui appui dans ton dos! J'imagine que c'est le principe de "si tu as mal quelque part, fais-toi mal ailleurs puis tu n'auras plus mal au premier endroit." En gros, pendant que je suis extraordinairement concentrée sur ne pas crier à mon conjoint de s'éloigner et ne plus me toucher, je suis moins concentrée sur ma douleur de contraction?

Finalement, ce fut plus bref encore, 16 minutes top chrono! Quelque poussée et elle est sortie, elle n'est pas juste sortie, elle est sortie en hurlant à pleins poumons, quel soulagement! L'équipe de réanimation nous félicite et sort. Papa coupe le cordon et on me donne ma fille. Elle est belle, très très belle. Elle est parfaite, remplie d'une couche de ce qui semble être de la vaseline (le vernix), elle n'a pas l'air d'un petit bébé prématuré, elle est plutôt grande, nous sommes très surpris! Très heureux.

On publie une photo sur Facebook, nommé Poisson D'avril! Eh oui, ma fille est née en surprise le jour du poisson d'avril! Tout le monde croit qu'on fait une blague.

Quelques heures plus tard je vais voir ma petite princesse dans son lit de verre. Les jambes croisées, les bras dans les airs, elle est toujours aussi belle. On la sort de l'incubateur et me la donne enrouler dans une couverture chaude en m'expliquant comment la manipuler avec ses nombreux fils. Ses grands-parents viennent la voir et moi je reste avec elle quelques minutes de plus.

 Je lui donne un biberon, elle ne boit pas. Elle régurgite quoiqu'elle n'ait pas bu. Je me rends compte que son ventre est tout gonflé, dure et qu'elle fait un bruit de malaise lorsqu'elle respire. J'en fais mentions à l'infirmière en panique. Une horde d'infirmière vient l'examiner. Tout le monde se donne des brides d'informations sur le déroulement de la journée, on appelle le pédiatre d'urgence. Après une éternité et plein d'examen et de discussions le pédiatre vient nous voir.

Elle ne s'assoit pas sur mon lit cette fois-ci, je n'en ai pas, je suis debout et je panique. Puis les mots tombent comme une tonne de briques. "On croit qu'il y a un problème avec votre bébé." Ces mots la font mal, ils font très mal. Tu deviens comme engourdi, tu écoutes mais, tout est irréel, ce n'est pas comme ça que ça devait se passer, ce n'est pas comme ça que tu avais imaginé le plus beau jour de ta vie.

Au mieux on panique pour rien, au pire l'intestin est bloqué et tout remonte dans l'estomac. Le coup de téléphone est passé, une ambulance s'en vient la chercher, elle sera transférée en néonatalité de l'hôpital pour enfants. 

Pendant qu'ils s'affairent à l'entuber, la piqué, lui faire des rayons X, des examens, mon conjoint est anéantis. Dans mon engourdissement j'essaie de le consoler et lui dire qu'elle sera entre bonnes mains dans l'autre hôpital. Puis ça me frappe et moi là dedans? On me fait des examens éclaires, prise de sang etc. et on signe mon congé, je peux partir, mais pas avec elle.

L'ambulance arrive, ils sont 6 avec une civière incubatrice. Ils se dépêchent à terminer les préparatifs du transfert pendant qu'une infirmière nous explique comment le transfert se fera et comment nous rendre à l'hôpital. Quelqu'un va nous attendre à l'urgence. Puis ils nous félicitent tous, en disant qu'elle est magnifique. Ils nous félicitent tous comme si c'était normal, pour eux ça l'est, ils font ça des dizaines de fois par jour. 

Ils nous laissent l'embrasser et quittent. Je demande à l'infirmière si je peux avoir son carton de naissance. Dans ma tête, si ma fille doit mourir ce soir je veux garder un souvenir qu'elle a bien existé, j'ai besoin d'une preuve tangible qu'un jour, j'eus une fille..




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