lundi 22 août 2016

Ça n'arrive pas qu'aux autres.

J'avoue t'avoir déjà jugé. Toi, la victime des émissions de meurtre du Canal D. Souvent j'écoutais en me disant, "ben voyons pourquoi elle n'a pas crié?? Pourquoi elle ne lui a pas donné de coup??" . Je me suis dis que peut-être t'étais trop naïve, pas assez brave. Bien oui, j'étais pleins de préjuger à ton égare. Je te jugeais à coup de "moi j'aurais fait ça, moi j'aurais réagi comme ça." La vérité, c'est qu'on ne sait jamais comment on réagirait dans cette situation. Jusqu'au jour ou cette situation là, c'est toi qui la vie.

J'avais 26 ans, je venais tout juste d'emménager dans un nouvel appartement. Dès les premiers jours je sentais comme une ambiance lourde, un sentiment de danger. Je ne savais pas pourquoi ça me faisais cet effet. Il n'y avait rien d'étrange, rien d'anormal si produisait, juste un sentiment weird. Plus le temps passait et plus la lourdeur et l'urgence amplifiait.

Un beau matin d'été je décidais, comme je le faisais régulièrement, de prendre mon appareil photo, mon sac à dos et d'aller prendre une très longue marche. Je venais de terminer un 13 jours en lignes de travail et je n'avais qu'une seule journée de congé avant de repartir pour quelques jours. Je voulais tirer le maximum de cette journée. J'avais envie de me faire plaisir. Régulièrement j'allais marcher sur le bord de l'eau, je faisais le tour des petites boutiques, surtout d’antiquités. Les vieilles maisons y sont magnifiques.

Je me suis rendue dans ma boutique d’antiquités préféré. Cela faisait 2-3 boutiques que j'entrais et sortais et j'avais très hâte d'y arriver. J'ai fait le tour de la boutique très tranquillement en me disant que si j'avais de l'argent je repartirais avec tout! En sortant, comme l'entrée est étroite, je laissé entrer une dame d'une quarantaine d'année avant de sortir. Il y avait un homme, un peu toute croche, négliger qui attend la. Je l'ai regardée en pensant : "ah les hommes! ça attend toujours dehors, ils ont donc peur d'entrer avec leurs femmes!" . Je continuais mon chemin.


Arriver au coin de la rue, j'ai sentis des mains m'agripper les poignets et quelqu'un chuchoter "bonjour mademoiselle". Il s'y était mal pris, je pus dégager mes mains d'un geste ferme, je me suis retournée avec un regard de "j'pense que t'as pas la bonne personne CHOSE!" . Je me suis dit qu'il y avait erreur sur la personne tout simplement. C'était lui, le toute croche en avant de la boutique d'antiquité. Il n'attendait pas sa femme finalement. Qu'attendait-il donc? Moi? m'avait-il suivi depuis quelques boutiques, ou suivait-il la dame que j'ai laissé entrer? Je ne savais trop quoi pensée, mais c'était surement une erreur sur la personne. J'ai continuée mon chemin d'un pas plus rapide, en pensant très sérieusement que le gars avait vu que je n'étais pas celle qu'il pensait et qu'il poursuivrait son chemin.

Son pas s'accélère au même titre que le mien. Il y avait 2 hommes, d'une soixantaine d'années environ, qui marchaient quelques dalles de trottoirs plus loin en avant. C'est là que tu me juges, que tu te dis "ben voyons, t’aurais dû les interpeller, leurs "lâcher un WACK", en tout cas c'est ça que j'aurais fait moi!" Tu as raison, c'est ce que j'aurais dû faire, mais dans ma tête à moi, ce n'était qu'une erreur sur la personne.

J'ai donc tournée sur une autre rue, je n'avais rien à faire là, j'ai tourné le plus naturellement possible, comme si une marche rapide étais normal à la base. Du coin de l’œil je l’aperçue tourné lui aussi. Il s'approchait de plus en plus. Lui aussi essayait d'avoir l'air le plus naturel possible. Un homme marchait dans notre direction, C'est là que tu me juges encore "Quoi, tu ne l'a pas intercepter? En tout cas c'est ce que j'aurais fait, moi!" . Oui, moi aussi j'aurais pensé ça, mais non, rien, parce que ce que je vivais là, ça n'existait que dans ma tête.

Aussitôt que l'homme fût passé, le tout croche fit un geste pour essayer de m'agripper le bras encore. J'ai eue le reflex assez rapide pour descendre du trottoir et "piqué au travers du gazon" pour atteindre les marches de l'hôtel de ville. Encore une fois, en aillant l'air le plus naturel possible, je voulais que dans sa tête, il pense que tout ça c'était planifié! Dans la mienne, tout ça ce n'était toujours pas vrai.

J'ai gravi les marches en courant et je me suis cachée, à bout de souffle, derrière une énorme colonne dans l'entrée. Je suis restée là à reprendre mon souffle, en n'y comprenant rien pendant une éternité, bon ok, c'était 2 minutes, mais 2 très très longues minutes. J'ai regardée à l'extérieur, l'homme était là, il attendait, l'air un peu nerveux, mais il m'attend. C'est moi qu'il attend. Les cheveux en bataille, une barbe salle longue de quelques jours, un long T-shirt gris, des shorts rouges. Il tient un sac de plastique gris. Il semble y avoir un chandail et d'autres trucs à l'intérieur.

À ce moment-là je ne comprends rien. J'étais adossée sur la colonne et je repassais tout ce qui venait de se passer dans ma tête, je cherchais où est-ce que j'avais fait une erreur. Parce que dans ma tête, tout ça, c'est de ma faute. Tout ce que je me répète c'est "Ça s'peut pas, ça ne peut pas m'arriver à moi! Je suis bien trop vigilante!" Il est 11h30am, un mercredi, les rues de la ville sont bondés de monde, à 2 pas du marché public, c'est impossible que je sois en train de vivre ça!.

Comme j'avais l'air un tantinet louche, une dame au comptoir m'a demandé si j'avais besoin d'aide. Je me suis avancée vers elle et je lui racontai ce qui venait de se passer. Je fini par "Est-ce que je peux attendre ici qu'il parte? J'vais me faire toute petite, il est devant la porte encore et semble m'attendre, il va surement ce tanné et partir un jour!". La dame me demandait si je voulais appeler la police. Je lui ai répondu que non, je ne crois pas que ce soit nécessaire, " il va surement se tanné un jour!". Je venais de rendre un mercredi matin bien ordinaire, en affolement total à l'hôtel de ville. Je suis restée avec cette dame à son comptoir en répétant que je ne comprenais pas pourquoi ça m'arrivait. La dame elle, répétait qu'il serait probablement mieux d'appeler la police. Elle avait peur qu'il s'en aille plus loin, hors de vu, qu'elle me fasse sortir par une autre porte et qu'il me retrouve là, en dehors de leur porter et intervention possible. Je n'avais pas pensés jusque là, en fait ma tête était toute embrouillée. Les dames du bord de la fenêtre l'observaient, le surveillaient. Au bout de 20 minutes, la grande porte ouvrit. Un homme est entré et à marcher jusqu'à la carte de la ville afficher à côté de moi. Le cœur m'arrêta et j'ai murmurés à la dame "c'est lui".  Elle me murmura en retour "est-ce qu'on appelle la police maintenant?" Je dus m'y résignée. J'avais tellement l'impression de déranger une tonne de personnes pour un incident qui semblait tellement invraisemblable. Arrivé à ce moment je n'arrivais plus à trouver de plan B. Moi, la reine des plans B, à cours d'idée, wow!

Le plus naturellement possible, la dame se leva avec des formulaires dans les mains et me dit, d'une voix des plus normale "Voilà c'est fait, si vous voulez bien me suivre madame il ne reste que quelques signatures et ce sera complété. Elle me guida dans un petit cubicule vitré, fermer et barra la porte. Il y avait une table, deux chaises et un téléphone. La dame a signalés le 911 et a commencer à raconter ce qui ce passait. Tout en regardant l'homme qui avait un comportement anormal, il semblait intoxiqué. À quoi? Nous n'en savions rien, il n'était tout simplement pas normal.

L'opérateur me posa un million de questions, me fit répéter mon histoire encore et encore, comme s'il essayait de trouver une faille. L'homme vit que nous étions au téléphone, tourna les talons et est sorti d'un pas rapide. Au même moment les policiers sont arrivés, les dames de l'hôtel de ville l'ont vu se diriger vers la foule du marché public. Les policiers avec la description que je leur avais fait se précipita. Ils ont arrêté un homme qui correspondait à ma description. L'opérateur me demanda donc le nom de l'homme, je lui dis que je ne le connaissais pas, les policiers ont arrêté 3 hommes en me demandant d'identifier leurs noms. Je ne connaissais tout simplement pas le nom de l'homme, si j'avais pu voir ces hommes j'aurais pu l'identifier, mes témoins également. J'ignore pourquoi, mais l'opérateur n'a jamais cru que je ne connaissais pas l'homme en question. Ils ont relâché les 3 hommes et ont continué de chercher celui du quel je "reconnaîtrais le nom".

Après un bon moment les policiers sont venus me chercher en disant qu'ils ne le trouvaient pas. Il y avait trop de monde, il était probablement déjà rendu très loin. Ils ont pris mes coordonnées et m'ont escorter jusqu'à chez moi. Ils n'ont jamais retrouvé l'homme, je ne l'ai jamais revu non plus.

Cet après-midi-là lorsque je suis entrée chez moi, soudainement la sensation de lourdeur et de danger n'y était plus. Je me sentais en sécurité chez moi. Les policiers on fait des rondes serrer en avant de chez moi pendant quelques jours, au cas ou l'homme m'aurait suivie ou savais où j'habitais. Ma mère voulait que j'aille dormir chez eux pour quelques jours. Questions de me sentir mieux, mais j'ai refusée. J'ai refusée parce que j'avais peur de nourrir ma peur. Comme lorsque tu tombes d'un cheval, il faut remonter en selle le plus rapidement possible sinon la peur s'installe. Je voulais rester à la maison pour ne pas avoir peur d'être seule chez moi pour toujours. Ce serait dur pour 2-3 jours puis après le calme reviendrait.  De toute façon, dans mon appartement, maintenant je me sentais à l'abris, en sécurité.

J'ai pleurée pendant plusieurs jours. Je ne comprenais pas pourquoi ça m'était arrivée, qu'est-ce que j'avais fait de pas correcte pour que cela ce produise. Dans ma tête c'était ma faute et ça l'est rester pendant une bonne année. Une année où j'avais peur de marcher seule, une année ou chaque fois que quelqu'un marchait derrière moi, même dans une allée d'épicerie, j'angoissais et sursautais. J'avais peur de la foule, mais j'ai continuée de sortir et d'affronter ma peur, parce qu'un jour j'ai compris que ce n'était pas ma faute, j'étais vraiment au mauvais endroit, au mauvais moment. Voilà!

On me répéta souvent que j'aurais dû crier, j'aurais dû lui donner un coup. J'aurais dû me défendre, réagir autrement. Oui, j'aurais du, je suis tout à fait d'accord, mais je ne l'ai pas fait. Pourquoi? Je n'en sais trop rien, je crois que j'étais trop dans un état de déni et d'essayer de trouver une solution pour me sortir de là, pour penser à toutes ces choses-là. Un peu comme lorsque tu regardes un quizz à la télévision et que tu connais toutes les réponses, mais le pauvre participant à un blanc total dans sa tête à cause de la pression, du stresse, du temps qui s'écoule. S'il avait été dans son salon il l'aurait trouvé la réponse en 30 secondes, mais il est à la télévision, c'est pas pareille.

Si j'avais été dans mon salon j'aurais criée en le frappant, j'aurais attirée l'attention des deux hommes. Je me serais trouvée donc "niaiseuse" d'agir comme je l'ai fait, mais je n'étais pas dans mon salon. J'étais là, j'étais dans une émission de Canal D et j'agissais exactement comme ces victimes. Ma fin à moi c'est bien terminé. Ce n'est pas toujours le cas. Je ne juge plus maintenant lorsque j'écoute une de ces émissions-là, je ne juge plus parce que je sais. Je sais que sous la pression, on ne réagit pas comme on le devrait, ou du moins, comme on le pensait.

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